Liste des poèmes en prose cités ci-dessous :
Insistante est-elle ?
(in revue Chemins de traverse)
Près de la rivière elle voit un serpent dérouler ses anneaux
Ah ! Ses pieds nus aux ongles rouges sur l’herbe :
De tout petits soleils frémissants de rosée
(le serpent a laissé son regard dans l’humus)
Et ces petits soleils dardent leurs langues :
Mémoires tournées vers le futur
Mémoires d’une éternelle morsure
Insistante est-elle ?
Près de l’eau claire vit un vieux cèdre
un hydre à trois têtes peut être :
la respectable aux yeux de chien
la redoutable au front de Sphinx
et l’invisible à naître
Femme aux yeux de jade
Vaste cœur au sang ocre
Déesse-Serpent
(in Sur les traces de la Déesse, Altess)
Suis-je née de la vulve du vent
Poussière d’étoile rieuse qui cache en son sein
les prouesses d’une Forme ?
Suis-je le rayon d’un souffle
Origine d’un songe
Qui se souvient de l’herbe du caillou et de l’homme ?
Suis-je le sel de la mer qui porte tes errances
Le sel du Désir qui enchante tes nuits ?
Suis-je l’épine d’une rose – dard et contemplation –
Qui pénètre la brume et voyage
Dans le germe du Silence et des cris ?
Suis-je le chant qui s’élève du ventre de la peur
Et dirige les yeux vers le soleil noir ?
Suis-je la corne fabuleuse qui déchire l’agonie
Du sommeil et des pleurs
La lumière souterraine qui ouvre la paupière
Du dormeur et du fou ?
Suis-je la lune rebelle qui enflamme la lyre
Se joue des patriarches et des éclats du Jour ?
Suis-je le soupir de Narcisse
Qui purifie le monde
Dans l’immobilité de l’onde ?
Suis-je le rire de Dionysos
Le porte-voix de la Nature
Sauvage intelligence étreinte de la Nuit ?
Je suis la brise qui roussit les vallées interdites
Le brûlis de l’aurore qui rajeunit le monde
Je suis l’Amante du solitaire
De l’homme nu de l’homme fier
Prêtresse du front qui se redresse
Déesse-Serpent je Suis !
Femme – gemmail
(in Sur les traces de la Déesse, Altess)
Devant l’infini du ciel,
J’ai mis mon Nom en quarantaine
Et, convoquée chez l’Homme, je lui ai dit :
« couleur est mon Nom ! »
Celui-ci, garant des lois de la Cité,
M’a assuré qu’ici-bas
Tout porte un Nom.
« Je suis couleur, lui dis-je !
Gemmail du monde,
Les soleils, les étoiles, les lunes m’ont conçue ;
Je suis une mosaïque de bleus, de jaunes, de rouges.
Mon sourire est crissement de verre des Dieux. »
« - Quels est ton Nom ?! »
« - je suis transparence,
Gemmail de l’âme, gemmail du ventre.
Le serpent, l’obsidienne, le bambou
Ondulent sur mon corps.
Je porte la douleur de l’Homme !
Le pouvoir du père est pyramide de paille !
Ma transparence est flamme pure.
Songe incendiaire,
Mes racines s’enfoncent dans l’infini du ciel.
Nous déposâmes javeline et glaive
Nous déposâmes javeline et glaive
pour franchir la porte du Temple
Notre tunique à nos pieds et nus
nous mîmes le genou à terre :
au sang tu me travaillas
ô Femme de haute Sagesse
et je devins aux yeux du monde
héros sacrilège !...
Je suis une vague
Je suis une vague
Dans l'océan
A la fois oeil bouche et oreille
De l'eau
Chaque naissance est une fête
Chaque mort une apothéose
Marcher sur les eaux sur la braise
Marcher sur les eaux sur la braise
ou voler dans les airs
Est chose aisée
Il suffit de dévêtir
La Nuit
Et dans son intimité
Mourir...
Il suffit de remonter le fil d'Ariane
Il suffit de remonter le fil d'Ariane
dans le labyrinthe de la forêt
pour débusquer à l'heure de la rosée
le cerf l'écureuil ou l'elfe
ou de se tenir coi à l'heure du brame
et miser pour une once d'enfance
sa tunique et son pain !
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