Olivier Walter Ecrivain
Poésie
 
 

Insistante est-elle ?

(in revue Chemins de traverse)


Près de la rivière elle voit un serpent dérouler ses anneaux
Ah ! Ses pieds nus aux ongles rouges sur l’herbe :
De tout petits soleils frémissants de rosée
(le serpent a laissé son regard dans l’humus)
Et ces petits soleils dardent leurs langues :
Mémoires tournées vers le futur
Mémoires d’une éternelle morsure

Insistante est-elle ?

Près de l’eau claire vit un vieux cèdre
un hydre à trois têtes peut être :
la respectable aux yeux de chien
la redoutable au front de Sphinx
et l’invisible à naître
Femme aux yeux de jade
Vaste cœur au sang ocre

 

 

Serpent des Origines

(in sur les traces de la Déesse, Altess)


Dresse-toi sur le sable

étoile du Serpent

ne crains guère le regard des gueux des courtisans

tu es l’espace le ciel la mer et ses troupeaux d’écumes

tu es la voile blanche des batailles à venir


Dresse-toi sur le sable

mon étoile du soir

extraits de ma gorge la pourpre du soleil

retourne ma pensée dans les plis de ta vulve

baratte ma cervelle aux rythmes de ton ventre


Dresse-toi sur le sable

mon étoile du matin

déroule ma colère dans la paume de ta main

lance cette marâtre à la gueule des Dieux

excite les soleils sur ma peau sur mon front


Dresse-toi sur le sable

mon étoile de sang

épuise ma vertu dans le creux de tes reins

fouille l’ossuaire du ciel dans l’alcool de ma chair

que du soleil  noir je clame ton Retour


Etends-moi sur l’autel de tes lèvres d’acanthe

effeuille mes blessures dans la braise des nuits

arrache de ma torpeur le chant de l’univers

fais de mon ombre même une rose un cristal


Etends-moi sur tes Songes mon étoile filante

fais de mes rires

une aria une musique une danse

fais des masques du monde

un désert de neige un visage initial


Ô incandescence-sagesse

dresse-toi sur le sable

Serpent des Origines !


 

Soleil nocturne


Descendre dans la Nuit le long de ta blessure

descendre la crevasse de douceur et de braises

Trouver dans l’encre noire la rivière du ciel

dans le tréfonds du soir l’étoile du matin


Marcher sur les volcans dans tes songes – étendu –

la montagne dans la main

écorché au venin de la lucidité

plus proche de la hyène de l’Homme et de l’ange


Nager dans la rivière

libre de te connaître à contre-courant

porté par l’algue bleue ivre d’étrangeté

Descendre en ton secret au gré des profondeurs

Sur l’hippocampe gris dans les cailloux du ciel


Chute !

Dans l’écume de ta chair sur tes lèvres marines…

dans la marée du soir – emporté

dans l’ouragan nocturne – baratté

saoulé par ta chaleur – alcool de vigueur !

rivière de sang bleu dans la nuit a blessure


Cerne de connaissance l’œil ouvert dans le noir

Dans le torrent se taire à la source du miroir

dans l’océan – éclats – sur le corail blanc

Traverser le métal et traverser l’azur

Sur ta blessure neige la foudre du Silence

vulve du monde ouverte pour le guerrier sans armes


Percer la nuit percer le jour

trancher mes veines sang de lumière !

et revenir – nuages rouges –

le regard renversé !



Faire du réel un rêve

Faire du réel un rêve

et assis sur l’ossature

du vent

se laisser porter



Nous déposâmes javeline et glaive


Nous déposâmes javeline et glaive
pour franchir la porte du Temple

Notre tunique à nos pieds et nus
nous mîmes le genou à terre :
au sang tu me travaillas
ô Femme de haute Sagesse

et je devins aux yeux du monde
héros sacrilège !...



Je suis une vague


Je suis une vague
Dans l'océan
A la fois oeil bouche et oreille
De l'eau
Chaque naissance est une fête
Chaque mort une apothéose

Marcher sur les eaux sur la braise
ou voler dans les airs
Est chose aisée
Il suffit de dévêtir
La Nuit
Et dans son intimité
Mourir...


Il suffit de remonter le fil d'Ariane


Il suffit de remonter le fil d'Ariane
dans le labyrinthe de la forêt
pour débusquer à l'heure de la rosée
le cerf l'écureuil ou l'elfe
ou de se tenir coi à l'heure du brame
et miser pour une once d'enfance
sa tunique et son pain !



Tu as fait le tour du monde


Tu as fait le tour du monde, certes !

Or as-tu exploré ton corps,

Et plus loin, le Corps de ton corps ?

Un univers se cache

derrière le sang et les os,

plus vaste que la muraille de Chine…



C’est en sacrifiant


C’est en sacrifiant

la soif en moi

que j’ai rencontré la Femme

C’est en sacrifiant

la faim en moi

que j’ai reconnu l’Homme

- Il m’est poussé des ailes


Etrangère au mythe du moi

Etrangère au mythe du moi,

Niant les frontières de l’homme creux,

Filant et vivant tel un soleil :

Atemporel miroir d’eau du ciel.

Nue et abrasive parce qu’innocence !

Cybèle Antigone Gilgamesh Krishna :

Enfance, Ô ! Enfance d’en Haut…



Un vol de colombes


Un vol de colombes déchire la nuit :

une goutte de lumière roule sur le Gange.

 

La mélopée des prêtres monte des berges

d'où s'élève la fumée bleue des bûchers -

Une voile immobile dans les brumes de santal

s'étire d'une rive l'autre

tandis que les colombes soulèvent l'aube

 

      

Dans la profondeur de la rivière


Dans la profondeur de la rivière

barrissant sous le ciel de mousson

un éléphant souverain de sa masse

soulève les eaux grises du soir

le pas scellé par le poids de sa race...

 

Le pachyderme imprime sur le limon

la mémoire des siècles, suspendu.



© Olivier Walter

Publications :


Perceptions

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Une Arche sur l’Immortel

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Sous l’écorce des mots

Trigramme (poésie)


Sur les traces de la Déesse

Altess (poésie ; essai)


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